les « Origines » de Louis Bertignac.

Alors … Louis Bertignac…

C’est tout un poème, le cheveu en bataille, un corps sec habillé de chemises toujours plus créatives, un mélange de grande douceur et de provocation, une sorte de pré-ado qui n’aurait jamais grandi, à l’image de la chanson culte de téléphone, son conte de fée, Cendrillon, une pauvre fille qui se fait prendre par le prince charmant sur son cheval blanc pour finalement devenir une Christiane F, droguée, prostituée, montée par des tonnes d’étalons.

Louis Bertignac, est un rockeur, une exception à la vie d’adulte responsable , un homme qui vole au dessus de nous tel un Peter Pan, méprisé par les pragmatiques, adulé par les rêveurs.

 

Longtemps, c’était il y a longtemps. un disque traversée du désert, au sens propre comme au figuré, car c’est un aspect que l’on connaît moins de Bertignac, il est un voyageur, un survivant, un métissé. Guitariste de génie qui joue à Essaouira avec le groupe Band of Gnawa, un artiste qui cherche encore et encore les racines du rock, son énergie brute.

Ici, avec Loy Ehrlich (du Hadouk Trio) qu’il connaît grâce à Higelin, Cyril Atef de Bumcello et le chanteur Akram Sedkaoui, il part sur les traces notamment de Jimmy Page et Robert Plant, qui eux aussi, en 1994, jouaient avec les gnawa, pour un album live . Bertignac, ici, à la guitare, rend déjà hommage aux héros des héros du rock.


Bertignac a cherché le rock aussi au Népal, avec le regretté  Bijaya Vaidya, décédé en avril dernier, immense sitariste et fondateur du groupe de fusion Rocksitar, premier musicien classique à modifier le Sitar afin de jouer en position debout et le fusionner avec le rock. Il jouaient ensemble sur le titre “Longtemps” , j’ai trouvé un petit bout de balance de concert sur le net, où l’on sent le plaisir qu’ils ont à jouer ensemble, les sitar et guitar héros.



Le nouvel album de Bertignac, s’appelle donc « Origines », Bertignac connaît ses classiques,  sa recherche va bien plus loin que les disques du juke box que son père lui achetait quand il était petit. Ce qui reste du petit Louis, c’est le fantasme anglo-saxon, il a rêvé longtemps d’écrire une chanson à cœur ouvert pour Rod Stewart, et c’est d’ailleurs par Rod Stewart que débute ce projet « Origines » avec l’adaptation de son titre it’s over, en français, qu’il traduit par c’est fini.

C’est fini avec son très étrange clip tourné en studio, où Bertignac joue tous les instruments, tel un homme orchestre dans un Tex Avery…

Il est d’ailleurs là, pour moi, le mystère Bertignac, cette pureté en apparence naïve, m’a toujours turlupiné, depuis mes débuts sur Oui FM et mes premiers conflit avec la direction à propos de Téléphone, dont mon patron était aussi le manager…Je n’ai jamais compris Téléphone, j’y ai cherché la petite bête pendant des années, « Argent trop cher », ça veut dire quoi ? Faut-il le prendre tout simplement au premier degré ?

Quand Bertignac pose dans une chambre d’adolescent, pour la pochette de son  disque “Origines”, les pieds nus comme un gosse qui apprendrait la guitare à 65 ans, faut-il être  attendri ? Ce projet complètement casse gueule d’adapter les grands classiques du rock en français, en général, un concept comique pour les fins de soirées arrosées et les spectacles d’humoristes, faut-il l’écouter avec son âme d’enfant ? Ce disque me force à faire taire la cynique qu’il y a en moi, j’en perd mon latin, je pense à Mort Shuman, le gars de Papa Tango Charlie, qui traduisait en anglais les chansons de son ami Jacques Brel, pour en faire une comédie musicale.

C’était génial et naif, ces versions sont devenues avec le temps des classiques moult fois repris en Angleterre. Le crime de traduction en valait la chandelle. Avec lui, Cocaine devient coquine, blasphème, et pourtant, l’addiction est bien présente dans le texte. Quant à son adaptation de l’emblématique « Wont get fooled again » des Who, elle devient « Ma gueule « une chanson d’actualité sur fond de gilets jaunes …

Alors, je vais fermer ma gueule et attendre pour voir ce que la postérité aura à dire de ces chansons …



https://www.franceinter.fr/emissions/la-chronique-de-melanie-bauer/la-chronique-de-melanie-bauer-23-janvier-2019

 

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