Skip to content

Heavy African Métal : ARKA’N

Par Hervé Riesen.

Le futur de la musique viendra d’Afrique, entend-on de la bouche de quelques prescripteurs ces dernières années. Cette analyse ne devrait être qu’une simple déduction. Le continent est le berceau des grands courants musicaux du 20ème siècle, du blues au rap en passant par le rock au sens générique du terme. C’est bien cela qui rend absurde l’étiquette world music. Le Metal résistera-t-il au réflexe de labelliser «World » tout ce sort de la sphère anglo-saxonne ou française quel qu’en soit le genre ? Moins sûr. La découverte du groupe togolais Arka’N offre à la musique africaine un sacré coup de projecteur dans un répertoire plus inattendu, trop souvent assimilé WASP.

La région de l’ancien Dahomey semble reprendre ses droits et s’affranchir de sa légendaire modestie pour revendiquer ses racines. Terre du Vodoun, après le BIM (Benin International Musical) à Cotonou et ses métissages fous, le Togo voisin révèle un « Metal-fusion » digne de ce nom. Dans un pays où le rock reste peu voire pas du tout promu, cinq musiciens de haut niveau ont décidé de former un groupe qui ne laissera indifférent aucun fan de Heavy du monde entier. Les Togolais entrent par la grande porte dans un univers qu’ils préfèrent explorer avec leurs racines plutôt que le dupliquer. Les cloches et les rythmiques emblématiques de la musique du culte Vodoun sont à l’évidence les meilleurs atouts pour redéfinir les origines du genre.
Quelques concerts locaux, puis au Ghana et Burkina, ont déjà fait circuler le nom et blindé la crédibilité du groupe. Des dates annoncées au Kenya en 2019 continuent d’attirer la curiosité autour d’Arka’N. En Europe, c’est leur album qui commence à circuler pour les révéler. Les douze titres auto-produits sont construits sur la base des riffs et des solos Metal agrémentés des rythmes tribaux. Quelques fulgurantes touches acoustiques poussent l’audace jusqu’à un intro flamenco qui épouse sur mesure le gazo, rythme traditionnel du Togo et du Bénin (viviti).

Za Keli, (lumière/ténèbres en Ewé, langue très parlée au Togo), donne le titre à cet opus dont le fond est aussi profond que la forme. Les textes chantés en plusieurs langues (français et anglais inclus) explorent l’univers vodoun réel, celui de la sagesse. À l’opposé des clichés de magie noire fabriqués par Hollywood, les voix « metaleuses » et quelques raps (non sans rappeler Rage Against the Machine et Likin park /Jay-z) portent des textes tournés vers la vie et la connaissance de soi pour grandir.
En 1968, une de leur idole se rêvait en « Voodoo child ». Notre défi sera de leur faire accepter que leurs cultures ont apporté autant à Jimi Hendrix que lui-même à ces jeunes africains. Le rock et le vodoun, deux cultes jugés à tort lointains ne font ici enfin plus qu’un. 

ARKA’N «  za Keli »
CD import + disponible sur les plateformes de streaming

Be First to Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*

code