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DUDU TASSA and Kuwaitis

Une découverte d’Hervé Riesen ….Dudu Tassa & The Kuwaitis…

Ces huit dernières années, le projet en langue arabe du rockeur israélien Dudu Tassa, nous fait revivre nos plus beaux rêves. Il y a par-dessus tout la voix d’une jeunesse qui brave les drames politiques et fait entendre au monde entier depuis Tel Aviv des chansons rock mêlées de patrimoines culturels unis. Une fois de plus, quand la jeunesse branche les amplis, le monde se raconte autrement. Et puis, cet autre souvenir intense, celui de nous faire courir, espérer, attendre et ruser pour trouver …un disque.

Qu’il s’agisse de ses albums en hébreux ou de ceux avec son groupe the Kuwaitis, chaque sortie nous renvoie à la folie du siècle dernier, l’ère pré-numérique. On en aura pisté des proches qui prévoyaient un voyage en Israël pour les missionner et ramener plusieurs copies dans tous les formats possibles et surtout en vinyle. Bien avant leur diffusion sur les plateformes de streaming, cette grande quête exigeait un pèlerinage annuel au salon professionnel des musiques du monde, le « Womex ».

Plusieurs années consécutives, de Thessalonique à Saint-Jacques-de-Compostelle en passant par Katowice, le premier qui se ruait sur le stand de musique israélienne avait la chance de rafler quelques nouvelles de l’artiste et un « advance Cd ». En 2016, Dudu était lui-même présent sur le salon à Compostelle malgré une difficulté à communiquer dans un anglais peu soutenu et un arabe qu’il ne maîtrisait pas encore très bien. Il donna tard le soir un concert sous chapiteau à quelques mètres de la cathédrale. Lors de cette édition, l’évènement était masqué par la présence de MHD au sommet de son « buzz » et une concurrence digne en matière de rock planétaire avec la révélation Delgres ou encore le Congolais Jupiter and Okwess en tête d’affiche.

Il aura fallu à peine plus de dix-huit mois pour que les choses changent et que Dudu Tassa soit raccordé à son époque de grande distribution et d’accessibilité. En 2017, le groupe Radiohead annonce qu’il l’embarque en première partie de sa grande tournée aux Etats-Unis, puis en 2018 l’américain Chris Eckman signe l’artiste sur son label Glitterbeat. Passé de Seattle à la Slovénie et d’artiste (Walkabouts , Chris and Carla) à directeur artistique, il offre à la fois au groupe et au public un bijou de production moderne arabophone.

En Israël, déjà considéré comme l’un des rockers les plus populaires, il réalisa dès la première sortie en arabe ses meilleures ventes. Ce record comparé aux six albums solos en hébreu fait encore date dans le contexte local. La radio de l’armée israélienne osera même programmer des titres dans cette « langue de l’ennemi » comme ironise l’artiste lui-même.

L’idée de fonder le projet parallèle « Dudu Tassa and the Kuwaitis » s’est imposée après avoir découvert dans une malle des photographies chargées d’histoire et de contrastes. Son grand-père et son grand-oncle, les frères Al-Kuwaiti, connus pour avoir joué dans des mariages de quartiers à Tel Aviv furent d’immenses piliers de la musique en Irak. Les archives gardent en mémoire les deux frères comme de grandes « stars » avant leur fuite de Baghdad dans les années cinquante à la suite des émeutes anti-juives et de la dénaturalisation. Dudu se réapproprie alors leur répertoire pour lui donner la longévité méritée, au début dans un arabe phonétique avant d’apprendre la langue.

La musique de Dudu Tassa and the Kuwaitis est une réussite et déjà une référence dans l’exercice périlleux d’intensifier et moderniser un répertoire patrimonial. La forte présence de guitare électrique que Dudu affectionnait bien avant le Oud et le kanoun ne résume pas à elle seule l’identité « rock » du projet, ce qui serait caricatural et simpliste. Le rock est une question d’énergie, de matière sonore devenue intemporelle. Ces albums de Dudu Tassa traverseront les époques. Ils fusionnent habilement des siècles de sonorités nées nées dans le vaste monde arabe avec la « pop culture ». Les mélodies, les gimmicks et la frénésie sont définitivement les valeurs fondamentales du genre d’où, qu’il vienne….

Par Hervé Riesen.

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